Route nationale 19 : tracé historique, déclassements et état actuel de Paris à Delle

La route nationale 19 est une route française qui reliait historiquement Paris à Delle, à la frontière franco-suisse, sur environ 530 kilomètres. Axe structurant du quart nord-est de la France, elle traversait l’Île-de-France, la Champagne, la Haute-Marne, la Haute-Saône et le Territoire de Belfort. Aujourd’hui, la RN19 actuelle n’est plus que le tronçon résiduel d’un itinéraire largement déclassé en route départementale à partir des années 1970-2006.
Ce qu’il faut retenir d’emblée :
- Tracé historique : Paris (porte de Charenton) → Boissy-Saint-Léger → Provins → Nogent-sur-Seine → Troyes → Langres → Vesoul → Lure → Héricourt → Belfort → Delle
- Statut actuel : seuls les tronçons Langres–Delle (environ 220 km) conservent le classement RN19, le reste ayant été transféré aux départements sous l’appellation D619
- Projet en cours : mise à 2×2 voies de l’axe entre Vesoul, Lure et la frontière suisse, dans le cadre du programme dit A31–Delle ou liaison autoroutière Langres–Delle
RN19 historique : de Paris à la frontière suisse, un axe de 530 km
La RN19 historique s’inscrit dans la numérotation du réseau national issu des routes impériales napoléoniennes. Elle portait le numéro 19 depuis les grandes révisions du classement routier du XIXe siècle et constituait l’un des axes de sortie est de Paris vers la Franche-Comté et la Suisse.
L’itinéraire RN19 complet partait de la porte de Charenton, dans le 12e arrondissement de Paris, et traversait successivement Créteil, Boissy-Saint-Léger, Nangis, Provins, Nogent-sur-Seine, Romilly-sur-Seine, Troyes, Bar-sur-Aube, Langres, Gray (par un embranchement), puis rejoignait l’axe principal vers Vesoul, Lure, Héricourt, Belfort et enfin Delle, à la frontière franco-suisse.
Cet axe jouait un rôle économique double : desserte des villes moyennes de Champagne et de Haute-Marne d’un côté, connexion vers la Suisse et l’axe rhénan de l’autre. L’industrie textile du bassin Lure–Héricourt–Montbéliard, puis l’essor de l’automobile (PSA à Sochaux, à proximité) lui ont conféré une importance logistique significative tout au long du XXe siècle.
Déclassements successifs : ce qui est devenu la D619
La loi du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales a provoqué le plus grand déclassement massif du réseau routier national français. Des milliers de kilomètres de routes nationales ont été transférés aux départements au 1er janvier 2006. La RN19 n’a pas échappé à ce mouvement : la grande majorité de son tronçon parisien et champenois a été reclassée en D619 (route départementale 619), avec des dénominations variables selon les départements traversés.
Concrètement, la section Paris–Langres — soit environ 310 km — est aujourd’hui gérée par les départements du Val-de-Marne, de Seine-et-Marne, de l’Aube et de la Haute-Marne. Ces collectivités assurent l’entretien, la signalisation et les éventuels aménagements de sécurité, sans obligation de mise à niveau autoroutière. Pour l’usager, la D619 reprend exactement le tracé de l’ancienne nationale, mais avec un niveau de service et des investissements inférieurs à ceux du réseau national.
Ce déclassement a eu un effet concret sur la fluidité de l’axe : entre Paris et Langres, les aménagements en 2×2 voies sont rares et discontinus, les traversées de bourgs sont fréquentes, et la vitesse commerciale moyenne reste nettement inférieure à celle d’un axe autoroutier.
Le tronçon RN19 actuelle : Langres–Delle sous maîtrise d’ouvrage nationale
La RN19 actuelle au sens strict commence à Langres (Haute-Marne) et se termine à Delle (Territoire de Belfort), à la frontière franco-suisse. Ce tronçon d’environ 220 kilomètres est resté dans le giron de l’État et de la DREAL (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) compétente.
Sur ce tronçon, le tracé RN19 emprunte un corridor qui traverse successivement :
- Langres et son plateau (point haut de l’itinéraire, avec une section déjà partiellement aménagée en 2×2 voies)
- Vesoul, préfecture de la Haute-Saône, où la RN19 constitue l’axe d’entrée principal depuis l’ouest
- Lure, sous-préfecture, nœud de jonction avec plusieurs axes secondaires
- Héricourt, ville industrielle de la première couronne du bassin de l’Allan
- Belfort, capitale du Territoire de Belfort, et sa rocade périphérique
- Delle, bourg-frontière, point de jonction avec l’autoroute suisse A16 (Transjurassienne)
Ce tronçon cumule plusieurs fonctions : transit international vers la Suisse, desserte des agglomérations franc-comtoises, et liaison avec le réseau autoroutier français (A36 à Héricourt, A31 à Langres).
Vesoul, Lure, Héricourt : le cœur du problème de fluidité
Le segment Vesoul–Lure–Héricourt concentre l’essentiel des difficultés de l’axe. Sur cette section d’environ 70 kilomètres, la RN19 alterne entre portions à 2×2 voies déjà réalisées, sections à chaussée unique et traversées d’agglomérations générant des points de congestion réguliers — notamment à Lure et à l’approche d’Héricourt.
Ces points noirs sont documentés depuis les années 1990. Plusieurs déviations RN19 ont été construites ou projetées pour contourner les centres-villes : déviation de Lure, aménagements autour de Vesoul, contournements partiels dans la vallée de l’Ognon. Ces travaux ponctuels ont amélioré la situation sans résoudre l’enjeu global : l’absence d’une continuité autoroutière ou à 2×2 voies entre Langres et Delle.
L’enjeu est industriel autant que logistique. Le bassin Belfort–Montbéliard–Héricourt est l’un des pôles industriels les plus denses de l’est de la France, avec la présence de Stellantis (ex-PSA Sochaux), d’Alstom et d’une myriade de sous-traitants. L’engorgement de la RN19 pèse directement sur les flux de marchandises et les déplacements domicile-travail dans ce bassin.
Travaux RN19 et projet d’aménagement A31–Delle : état d’avancement
Le projet de mise à niveau de l’axe Langres–Delle en route à 2×2 voies — parfois désigné sous l’appellation aménagement A31–Delle — est l’un des grands chantiers routiers attendus du quart nord-est de la France. Son histoire est longue et marquée par des reports successifs.
Le principe d’un axe autoroutier ou à grand gabarit entre l’A31 (à hauteur de Langres) et la frontière suisse de Delle a été acté dans plusieurs schémas directeurs routiers nationaux. L’idée est de créer une continuité de qualité autoroutière sur l’ensemble du corridor Paris–Delle, en connectant l’autoroute A5 (Paris–Troyes), la future A31 prolongée jusqu’à Langres et la RN19 mise à niveau jusqu’à Delle.
Les travaux RN19 en cours ou récemment achevés portent principalement sur :
- Des aménagements de sécurité et des créneaux de dépassement entre Vesoul et Lure
- La déviation de certains bourgs sur des sections critiques
- Les études préalables et déclarations d’utilité publique (DUP) pour les sections non encore mises à 2×2 voies
Le financement de ces opérations est partagé entre l’État, la région Bourgogne-Franche-Comté et les collectivités locales. Le calendrier reste contraint par les enveloppes budgétaires des contrats de plan État-Région (CPER). Plusieurs sections entre Lure et Héricourt font l’objet d’études avancées, tandis que d’autres attendent encore leur déclaration d’utilité publique.
La connexion à la Suisse via Delle est un élément de contexte non négligeable : côté suisse, la Transjurassienne (A16) relie déjà Delle à Bienne et au réseau autoroutier helvétique à grand débit. L’asymétrie entre une autoroute suisse performante et une nationale française encore incomplète côté français est régulièrement soulignée par les élus locaux et les acteurs économiques du bassin.
Ce que révèle la carte RN19 sur les fractures du réseau routier français
Consulter une carte RN19 complète — de Paris à Delle — est en soi révélateur des logiques de déclassement et d’inégalités d’investissement du réseau routier français. La section parisienne et champenoise, redevenue D619, dessert des territoires ruraux de faible densité où l’enjeu autoroutier est moindre. La section franc-comtoise, maintenue en RN19, dessert elle un espace industriel et transfrontalier à fort enjeu économique.
Cette distinction explique pourquoi l’État a conservé la maîtrise d’ouvrage sur le tronçon Langres–Delle plutôt que de le déclasser comme le reste de l’itinéraire. Elle explique aussi pourquoi le projet d’aménagement en 2×2 voies de cette section reste une priorité politique affichée — même si les délais de réalisation s’étendent sur plusieurs décennies.
RN19 de Paris à Delle : un axe en transition entre héritage national et enjeux transfrontaliers
La route nationale 19 illustre parfaitement la recomposition du réseau routier français depuis les années 2000 : un itinéraire historique de premier rang, progressivement fragmenté entre tronçons déclassés en D619 au nord-ouest et corridor national stratégique maintenu au sud-est. Le tronçon Vesoul–Lure–Héricourt–Delle reste l’enjeu central, suspendu entre des besoins industriels documentés, des projets d’aménagement engagés et un calendrier de financement qui s’étire. Tant que la continuité à 2×2 voies entre Langres et la frontière franco-suisse ne sera pas achevée, la RN19 restera un axe structurant mais sous-dimensionné face aux flux qu’il supporte.
